Le document
Une piste de terre serpente entre deux falaises corses face à la mer, au couchant

Projet pédagogique · à l’équipe d’animation

Tu ne viens pas les occuper. Tu viens leur faire de la place.

Quatorze jours en quad dans l’Extrême-Sud corse, seize jeunes de 14-15 ans, quatre adultes. Voici ce qu’on cherche à leur faire vivre, par quels moyens, et ce que j’attends de toi.

  • Le séjour14 jours, 13 nuits
  • L’équipe4 adultes, 16 jeunes
  • Les objectifs4 généraux, 19 opérationnels

Le document — 17 pages

01 — Le contexte

Le séjour tel qu’il est.

Ce qui est décidé et ne bougera plus : le cadre matériel dans lequel tout le reste se joue.

Type d'accueil
Séjour de vacances itinérant, en quadricycle léger (quad de moins de 50 cm³)
Lieu
Corse, Extrême-Sud — Bonifacio, Porto-Vecchio, l'Ospedale
Territoire
À écrire — environnement, ressources, partenaires locaux
Public
16 jeunes de 14-15 ans, titulaires du permis AM, option quadricycle léger
Profil du public
À écrire — ce qu'on sait des 14-15 ans et de ce groupe
Durée et période
14 jours, 13 nuits — juillet
Déroulé
4 bases successives · 6 jours de roulage (25 à 45 km par jour) · 8 jours sur place, dans le territoire
Hébergement
Chacun apporte sa tente. Aires naturelles de camping, camping à la ferme et terrains privés négociés (accord du propriétaire obligatoire)
Équipe
Le directeur (hors effectif d'encadrement, surveillant de baignade) et 3 animateurs titulaires du BAFA et de la qualification loisirs motocyclistes, dont un désigné assistant sanitaire
Taux d'encadrement
1 animateur pour 12 au-delà de 6 ans, jamais moins de 2 encadrants : 2 animateurs minimum pour 16 jeunes — nous en prenons 3. Sur la route, 8 mineurs maximum par encadrant en circulation
Machines
9 quads de 50 cm³ — 8 pour les jeunes, 1 pour l'animateur qui ouvre la route. Deux groupes de 8 qui alternent : l'un roule l'étape, l'autre prépare l'arrivée puis roule sa propre boucle en fin d'après-midi — six jours au guidon pour chacun. Deux minibus 9 places : le suiveur ferme le convoi, le précurseur emmène l'autre groupe et tire la remorque bagagère
Transport
Train jusqu'au port, puis ferry de nuit
Organisateur
À définir — son projet éducatif conditionne la suite

02 — Nos intentions éducatives

Ce qu’on cherche vraiment.

La finalité — devenir davantage soi-même

Un accueil collectif de mineurs n’est pas un lieu où l’on organise des activités : c’est un environnement temporaire conçu pour qu’un jeune y vive des expériences assez fortes pour accélérer sa construction personnelle. L’activité y est un support ; le matériau réel est la relation, et la finalité est la transformation.

Ce séjour ne cherche pas à former un type d’individu ni à transmettre une doctrine, mais à permettre à chaque jeune de devenir davantage lui-même, dans le lien aux autres. Individuation, et non individualisme : pour bien vivre ensemble, il faut d’abord exister soi-même.

La posture — la confiance

La confiance est donnée d’abord, resserrée si nécessaire, puis redonnée. Elle accorde au jeune sa légitimité avant toute performance : il a sa place parce qu’il est là. Lorsqu’un comportement l’exige, on intervient sur l’acte — jamais sur la valeur de la personne.

Cette posture vaut aussi entre nous : l’équipe vit ce qu’elle fait vivre.

L’adulte est ici un jardinier plutôt qu’un sculpteur : il crée les conditions, nourrit le terrain et protège le développement ; il ne décide pas de ce que le jeune doit devenir.

03 — Les valeurs

Deux valeurs. Pas trois.

Tout ce qui suit en descend. Si un moyen ne sert ni l’une ni l’autre, il n’a rien à faire dans ce séjour.

  • Authenticité

    Qu’aucun jeune n’ait à jouer un rôle pour être accepté. Le groupe doit lui permettre de s’affirmer, jamais l’obliger à se lisser.

  • Audace

    Oser, pour se prouver à soi-même ce dont on est capable. Choisir, s’organiser, refuser — et assumer ce qu’on a choisi. Exigeant, jamais dangereux : ici, rater ne coûte rien.

Sécurité et appartenance ne sont pas des valeurs

Ce sont les conditions qui rendent toutes les autres possibles. Elles ne se négocient donc jamais — et l’écran sur le cadre en tire les conséquences.

04 — Les objectifs généraux

Quatre objectifs, dix-neuf chemins pour y arriver.

Deux objectifs par valeur. Le sujet de chacun, c’est nous — l’équipe. Jamais un comportement exigé du jeune.

Authenticité

  • Objectif général 1

    Permettre à chaque jeune d'être pleinement lui-même

    Décliné en 5 objectifs opérationnels

  • Objectif général 2

    Prendre soin de chacun, tel qu'il est : son corps, son rythme, son équilibre émotionnel, ses besoins particuliers

    Décliné en 5 objectifs opérationnels

Audace

  • Objectif général 3

    Permettre à chaque jeune d'oser : choisir, agir et s'engager

    Décliné en 4 objectifs opérationnels

  • Objectif général 4

    Permettre à chaque jeune de prendre confiance en lui : maîtriser un défi réel, et se montrer digne de la confiance qu'on lui accorde

    Décliné en 5 objectifs opérationnels

05 — Première valeur

Authenticité

Qu’aucun jeune n’ait à jouer un rôle pour être accepté. Le groupe doit lui permettre de s’affirmer, jamais l’obliger à se lisser.

  • Objectif général 1Permettre à chaque jeune d'être pleinement lui-même
  • Objectif général 2Prendre soin de chacun, tel qu'il est : son corps, son rythme, son équilibre émotionnel, ses besoins particuliers

06 — Objectif général 1

Authenticitéobjectif 1 sur 2

Permettre à chaque jeune d'être pleinement lui-même

Les moyens sont écrits sous chaque objectif, et le critère d’atteinte a été posé avant le départ.

  • 1.1

    Être soi-même dans le groupe, sans s'effacer

    • Répartir les 16 jeunes entre les quatre adultes au bilan du J3, chacun choisissant les siens selon le lien créé. Le référent suit, il ne canalise pas.
    • Consacrer un temps d'équipe chaque soir pour faire le point sur chacun des 16 jeunes
    • Un temps individuel avec son référent en début de séjour sur ce qu'il veut affirmer, développer, pendant le séjour.

    Atteint si les 16 sont répartis et ont eu leur temps individuel avant la fin du J3 · chacun évoqué nommément au bilan d'équipe au moins 7 soirs sur 13.

  • 1.2

    Partager avec le groupe ce qui lui est propre

    • Réunir le groupe autour d'une question à se poser sur soi. Chacun y répond seul, dans la forme qu'il veut : écrire, dessiner, rapper, enregistrer.
    • Mettre à disposition de quoi répondre sous toutes les formes : papier, feutres, peinture, et de quoi enregistrer.
    • Mettre ensuite les réponses en commun, en forum : s'exprime qui veut, personne n'y est tenu.

    Atteint si au moins 2 questions posées, chacune suivie d'un forum · 12 jeunes sur 16 y ont répondu, quelle que soit la forme.

  • 1.3

    Vivre le séjour au lieu de le mettre en scène

    • Sécuriser les portables dans un coffre hors des temps d'accès libre, à partir de l'installation au premier camp — pas au rassemblement
    • Définir des temps où les jeunes ont un accès libre à leur portable

    Atteint si les plages d'accès au téléphone sont annoncées au J2 et tenues sans exception sur les 14 jours.

  • 1.4

    Se construire un regard personnel sur le séjour, et le porter au collectif

    • Remettre un appareil photo à chaque jeune au départ : son reportage du séjour, hors réseaux sociaux.
    • Remettre le premier jour un carnet d'aventure à chacun. Il y dépose d'emblée, avec un adulte, ce qu'il vient affirmer et oser.
    • Réserver chaque jour un temps commun au carnet — l'habitude se prend en groupe.

    Atteint si chacun repart avec son carnet et sa carte mémoire · 12 sur 16 y ont déposé quelque chose.

  • 1.5

    S'exprimer sans craindre le regard des autres, dès les premiers jours

    • Poser dès le premier regroupement le refus de rabaisser quiconque comme un non-négociable, et le tenir en équipe sans exception
    • Lancer sur le ferry une activité qui fait parler tout le monde, sans exposer personne. L'équipe choisit le jeu selon le groupe.
    • Faire tourner un Giver en fil rouge, hors temps de route : chacun a une cible secrète à porter. Défis calibrés par l'équipe.
    • Les jeunes composent eux-mêmes les deux groupes de route à chaque changement de base. Contraintes : se mélanger, huit par groupe, jours au guidon équitables.
    • Signalement d'un rabaissement par l'espace jeunes, sans avoir à se désigner. Tout message entre jeunes est validé avant publication.

    Atteint si aucun rabaissement laissé sans reprise · le Giver a tourné du J2 au J12 · 12 sur 16 citent un geste reçu au bilan du J12.

07 — Objectif général 2

Authenticitéobjectif 2 sur 2

Prendre soin de chacun, tel qu'il est : son corps, son rythme, son équilibre émotionnel, ses besoins particuliers

Les moyens sont écrits sous chaque objectif, et le critère d’atteinte a été posé avant le départ.

  • 2.1

    Tenir quatorze jours à son propre rythme

    • Alterner jours de route et jours sur une base, pour que chaque effort soit suivi d'un temps de récupération
    • Rouler aux heures fraîches et réserver un temps calme aux heures les plus chaudes
    • Échelonner le lever les jours sur une base, avec un petit-déjeuner ouvert sur une plage horaire, pour respecter le besoin de sommeil propre à l'adolescence
    • Chaque soir, l'équipe annonce l'heure de départ du lendemain. Le groupe en déduit lui-même son heure de lever, donc de coucher.
    • Repérer au point d'équipe du soir les signes de fatigue de chacun, et adapter sa journée du lendemain si besoin

    Atteint si le groupe a fixé lui-même son heure de lever au moins 10 soirs sur 13 · aucune étape n'a démarré avant l'heure qu'il avait décidée.

  • 2.2

    Prendre soin de son corps en itinérance

    • Installer à chaque pause de route les mêmes réflexes — boire, se protéger du soleil, souffler — jusqu'à ce que les jeunes les prennent d'eux-mêmes
    • Construire les menus avec les jeunes à chaque base, dans une banque de recettes préparée avant le départ. Le groupe fait les courses.
    • Un repas principal = une protéine, un féculent, des légumes, un laitier ou un fruit. Décliner en variantes selon goûts, allergies et régimes.
    • Même plan de campement à chaque base : espace collectif, coin cuisine, tentes, machines à l'écart.
    • Organiser la toilette et les sanitaires pour que chacun puisse se laver et se changer à l'abri des regards

    Atteint si menus construits avec les jeunes à chaque base · les réflexes de pause pris sans rappel adulte à partir du J7.

  • 2.3

    Dire qu'il ne va pas bien, sans en avoir honte

    • Chacun va vers l'adulte avec qui il se sent en confiance, pas seulement son référent. Celui-ci fait passer ce moment avant ses autres tâches.
    • Espace en ligne par QR code : chacun écrit à l'équipe sous son prénom ou anonymement. Messages lus à chaque point d'équipe du soir.

    Atteint si 8 sur 16 au moins ont sollicité un adulte hors temps programmé · tous les messages de l'espace jeunes répondus sous 24 h.

  • 2.4

    Arriver avec ses adaptations déjà prévues

    • Proposer à chaque famille, dès l'inscription, un échange sur les besoins particuliers de son enfant. Il ne conditionne jamais l'accès au séjour.
    • Pendant son temps individuel, demander au jeune concerné ce qui l'aide. Le consigner dans une fiche réservée à l'équipe.
    • Le jour de préparation, une animation d'équipe sur les besoins particuliers des jeunes inscrits : ce qu'ils sont, comment y répondre.

    Atteint si 100 % des familles ont eu l'échange à l'inscription · chaque jeune concerné a sa fiche avant le J1 · l'atelier équipe a eu lieu.

  • 2.5

    Découvrir par soi-même qu'on trouve sa place avec son handicap

    • Construire chaque activité sur quatre conditions : but clair en 30 secondes, pas de temps mort, difficulté réglable par chacun, fin nette.
    • Donner les consignes une à une, courtes. Afficher le programme du jour au campement, consultable en entier sur l'espace jeunes.
    • Le carnet est libre de forme — écrire, dessiner, coller, photographier, ou le raconter à son référent. Proposé, jamais imposé.
    • Convenir avec chaque jeune concerné d'un signal et d'un lieu pour s'isoler quand ça déborde, sans avoir à se justifier devant le groupe

    Atteint si chaque jeune concerné a relu avec son référent, à mi-séjour et le dernier jour, les moments où il a trouvé sa place — et en nomme au moins un.

08 — Seconde valeur

Audace

Oser, pour se prouver à soi-même ce dont on est capable. Choisir, s’organiser, refuser — et assumer ce qu’on a choisi. Exigeant, jamais dangereux : ici, rater ne coûte rien.

  • Objectif général 3Permettre à chaque jeune d'oser : choisir, agir et s'engager
  • Objectif général 4Permettre à chaque jeune de prendre confiance en lui : maîtriser un défi réel, et se montrer digne de la confiance qu'on lui accorde

09 — Objectif général 3

Audaceobjectif 1 sur 2

Permettre à chaque jeune d'oser : choisir, agir et s'engager

Les moyens sont écrits sous chaque objectif, et le critère d’atteinte a été posé avant le départ.

  • 3.1

    Être auteur de sa vie collective : ses règles, son organisation

    • Réunir le groupe en début de séjour pour que les jeunes écrivent eux-mêmes leurs règles de vie, après avoir posé le non-négociable
    • Préparer un temps dédié où les jeunes s'organisent eux-mêmes pour la répartition des rôles (navigation, popote, matériel)

    Atteint si règles de vie écrites par eux au J2 · rôles et groupes de route composés par eux à chaque changement de base.

  • 3.2

    Disposer librement de soi, chaque jour

    • Inscrire un temps libre chaque jour au planning
    • Aménager, à chaque campement, un espace pour pouvoir s'isoler

    Atteint si un temps libre au planning chaque jour, tenu · un espace d'isolement sur les 4 bases.

  • 3.3

    Prendre une initiative et la mener jusqu'au bout

    • Ouvrir chaque jour au volontariat un moment à prendre en charge : programme, étape, lieu visité, repas, veillée, chronique. Rien n'est imposé.
    • Tenir en équipe une posture de retrait : ne pas faire à la place des jeunes, accueillir leurs propositions et leur laisser l'espace de les porter
    • Répondre à chaque proposition dans la journée — oui, sous quelle forme, ou pourquoi non — pour qu'aucune initiative ne reste lettre morte
    • Recueillir aussi les idées par la boîte à idées de l'espace jeunes, pour que les plus en retrait puissent proposer sans avoir à prendre la parole devant le groupe
    • Confier au groupe un budget pour concevoir et réaliser un moment du séjour (projet jeune)

    Atteint si 10 sur 16 au moins ont pris en charge un moment · toutes les propositions ont eu une réponse dans la journée · le projet jeune est réalisé.

  • 3.4

    Assumer ses choix, rater sans honte, et retenter

    • Laisser chaque jeune vivre les conséquences de ses choix quand elles ne mettent personne en danger, puis l'aider à les relire plutôt que de les réparer à sa place
    • Accueillir un raté par une question : « qu'est-ce qui s'est passé ? qu'est-ce que tu ferais autrement ? » Ni moquerie ni dramatisation.
    • Au bilan du soir, que l'équipe raconte aussi ses propres ratés, pour montrer que se tromper fait partie de l'aventure

    Atteint si chaque raté repris par une question · l'équipe a raconté au moins 3 des siens · au moins une chose ratée a pu être retentée.

10 — Objectif général 4

Audaceobjectif 2 sur 2

Permettre à chaque jeune de prendre confiance en lui : maîtriser un défi réel, et se montrer digne de la confiance qu'on lui accorde

Les moyens sont écrits sous chaque objectif, et le critère d’atteinte a été posé avant le départ.

  • 4.1

    Mesurer soi-même ses progrès de conducteur

    • Au quad, être entraîneur et pas surveillant : faire progresser chacun, en renforcement positif toujours accroché à un fait précis.
    • Nommer quatre paliers de conduite — maniabilité, freinage d'urgence, convoi, route de montagne. Chacun constate lui-même ceux qu'il franchit.
    • Six jours au guidon pour chacun : le groupe qui prépare l'arrivée reprend les machines pour sa boucle en fin d'après-midi.

    Atteint si les 4 paliers nommés au J3 · chacun a constaté au moins 2 paliers franchis au J12 · 6 jours au guidon pour chacun.

  • 4.2

    Prendre en charge sa machine, répondre des autres dans le convoi

    • Confier à chaque jeune la vérification quotidienne de sa machine — freins, pneus, éclairage

    Atteint si vérification faite par le jeune avant chaque départ, sur les 6 jours de route, sans exception.

  • 4.3

    Monter et lever son camp, de plus en plus vite et seul

    • Montrer au premier campement comment monter et lever un camp, puis se retirer peu à peu jusqu'à ce que les jeunes le fassent seuls
    • Mesurer le temps de levée du camp à chaque changement de base, en défi collectif, pour que le groupe constate lui-même ses progrès

    Atteint si le temps de levée du camp baisse entre le J4 et le J10 · au J10, le camp se monte sans intervention adulte.

  • 4.4

    Préparer une étape entière, et la voir suivie par l'équipe

    • Préparer chaque départ avec le groupe dès les premières étapes : lire la carte et le profil de la route, estimer les horaires, placer les pauses
    • Confier à chaque groupe une étape entière — la boucle du J9 pour l'un, la montée du J10 pour l'autre. L'encadrant suit leur plan.

    Atteint si les deux étapes confiées — J9 et J10 — préparées par eux, l'encadrant suivant leur plan.

  • 4.5

    Préparer l'arrivée de l'autre groupe : camp, repas, accueil

    • Confier au groupe qui ne roule pas l'installation du campement collectif et la préparation du repas, l'adulte qui l'accompagne restant en appui, pas aux commandes
    • Laisser le groupe qui prépare inventer l'accueil de ceux qui arrivent

    Atteint si les 4 arrivées préparées par le groupe précurseur · chacune a eu son accueil inventé.

11 — L’évaluation

On ne juge pas à la fin. On corrige au milieu.

L’évaluation n’est pas un exercice de fin de séjour : elle est intégrée à la construction du projet. Un critère rédigé après coup n’évalue rien — il justifie.

  • Deux moments

    Une première passe en équipe au septième jour : les objectifs non atteints désignent ce qu’il reste une semaine pour corriger. Une seconde au treizième. C’est la comparaison des deux qui fait sens.

  • Trois indicateurs chiffrés

    • Le temps de levée du camp, mesuré aux quatre changements de base.
    • Le nombre de jours au guidon par jeune, vérifié à chaque recomposition des groupes.
    • Les notes et commentaires déposés par les jeunes sur leur espace.
  • L’équipe s’évalue aussi

    Une grille distincte porte sur ce que l’équipe a tenu : refus du rabaissement, posture de retrait, suivi de ses jeunes référents, réponse apportée à chaque proposition, accueil de l’échec, prise effective des repos. Renseignée par le directeur, restituée en entretien individuel, jamais en réunion.

  • Ce qu’on en tire

    Chaque objectif non atteint donne lieu à une phrase écrite : pourquoi, et ce qui serait changé. Un objectif non atteint est une information, pas un échec — c’est même la seule ligne dont on apprenne quelque chose.

12 — Le carnet pédagogique

Un carnet par jeune. Que personne ne lira.

Quatorze pages, une par soir, remises le premier jour — précédées d’une page écrite sur le ferry, avant que rien n’ait commencé : ce que le jeune aimerait faire ici, apprendre, et travailler chez lui. Le carnet n’est pas un journal de bord à rendre : c’est l’outil par lequel le jeune regarde ce qu’il vient de vivre, et décide de ce qu’il tentera demain.

  • Il est à lui

    Personne ne le lit — ni l’équipe, ni les parents, ni les autres. Il repart avec lui le dernier jour.

  • Il n’oblige à rien

    Écrire, dessiner, coller — ou laisser la page blanche. Pas de bonne réponse, pas de note, rien n’est relevé.

  • Il boucle d’un soir sur l’autre

    Chaque soir, le jeune décide d’une chose à tenter le lendemain. Personne ne la lui donne, personne ne vient vérifier — mais le soir suivant, le carnet lui demande ce que ça a donné.

  • Il a son moment

    Un temps est réservé au carnet chaque jour, pour tout le groupe en même temps. L’habitude se prend ensemble.

  • Il commence par une intention

    Sur le bateau, avant d’arriver : trois choses à faire ici, une à savoir faire en repartant, un truc sur soi à bouger. Relu trois fois — à mi-chemin, l’avant-dernier soir, le dernier.

Cinq mouvements, dans l’ordre où un groupe se fait

  • I

    J’arrive

    On ne se connaît pas encore. Chacun se tient.

    Pages 2 soirs

  • II

    Je me frotte

    Les caractères sortent. Ça teste, ça frotte.

    Pages 3 soirs

  • III

    J’ai ma place

    Le groupe tient. On peut s’appuyer dessus.

    Pages 3 soirs

  • IV

    Je fais

    On te laisse faire. On te confie des choses vraies.

    Pages 4 soirs

  • V

    Je repars

    C’est fini. Tu rentres.

    Pages 2 soirs

Ouvrir le carnet

13 — Moi, directeur

Ce que je crois, et comment je dirige.

À écrire

Ce que cet écran portera :

  • d’où me vient ce projet, en trois phrases
  • ma façon de diriger : ce sur quoi je suis présent, ce que je délègue entièrement
  • les inversions de posture que j’attends — ce qu’on croit devoir faire, et ce que ce séjour demande
  • ce que je fais quand ça dérape
  • ce que je ne serai jamais

14 — Ce qui ne se négocie pas

Sept exigences. Et ce que je m’interdis en retour.

Le non-négociable est ce qui rend le négociable possible. Un non-négociable posé ne se rouvre pas — ni sur l’humeur, ni sur la fatigue du neuvième jour. Et il doit y en avoir peu : au-delà de sept, il n’y a plus de négociable, seulement un règlement intérieur.

L’équipeCe que j’exige de toi

  • On ne rabaisse personne, jeune ou adulte.

    Le charriage entre adultes est permis ; jamais sur un jeune, jamais devant eux.

  • Aucun rabaissement n'est laissé passer.

    Ce qui ne se négocie pas, c'est qu'un adulte reprenne — pas l'intensité, qui va du mot glissé au temps collectif.

  • La sécurité s'applique au jour 12 comme au jour 1.

    Contrôle de l'équipement, plafond de 8 en circulation, comptage à la baignade. L'ambiance ne dispense de rien.

  • On ne fait pas à leur place.

    Le retrait n'est pas une option de style, c'est le moyen central du projet. Plus lent et moins bien fait, c'est le prix.

  • Les désaccords se règlent entre adultes.

    Contestation libre en réunion, jamais dans le dos. Devant les jeunes, l'équipe parle d'une voix et personne ne désavoue personne.

  • Tout sujet peut être abordé, jamais n'importe comment.

    Rien n'est tabou ; la forme se soigne — apaisé, à la bonne personne, au bon moment. Tu n'as jamais à garder quelque chose.

  • Ce qui concerne un jeune ou la sécurité remonte le jour même.

    Ce qui ne concerne que toi t'appartient : personne ne t'oblige à en parler.

Le directeurCe que je m’interdis

  • Je n'impose aucun effort non choisi. J'ouvre des portes, je ne pousse personne à travers.
  • Je ne sauve pas un projet de jeune pour qu'il réussisse. Un projet qui ne peut pas rater n'apprend rien.
  • Je ne retire jamais ma confiance — je resserre le cadre. On commence par faire confiance ; si ça dérape, on serre les vis, puis on redonne.
  • Je ne demande pas à l'équipe ce que je ne fais pas moi-même. Je monte ma tente, je fais la vaisselle, je raconte mes ratés au bilan.

Et ce qui se négocie

Le programme, qui est aménageable et non libre · les horaires, dans une fourchette posée par l'adulte · les menus · la composition des groupes · les règles de vie · la répartition des rôles · le projet jeune, entièrement · le tracé des étapes · les veillées · l'heure de départ du matin.

Ce qui est négociable se négocie avec le groupe, pas avec celui qui insiste le plus. Et une fois tranché collectivement, ça tient jusqu'à la prochaine étape.

La démarcation en une phrase, si on nous la demande : on ne négocie pas ce qui peut blesser quelqu'un ; on négocie tout ce qui construit.

15 — L’équipe

Quatre adultes. Quatre jeunes chacun.

Chaque adulte est référent de quatre jeunes, directeur compris — le référent suit, il ne canalise pas. C’est un comptage distinct du taux d’encadrement légal.

RôleQualificationCe qu’il porte
DirecteurBAFD, ou stagiaire BAFD en stage pratique — ce stage doit être fait en fonction de directeur, pas d'adjoint · surveillant de baignade (BSB, BNSSA ou BAFA qualification SB) · permis BDirection · surveillance des deux baignades · conduite d'un minibus les jours de route · référent de 4 jeunes
Animateur 1 — assistant sanitaireBAFA + qualification loisirs motocyclistes · PSC (ex-PSC1) · permis BSuivi sanitaire (R227-9) : fiches sanitaires, trousse, registre d'infirmerie, PAI, lien familles et médecin · encadrement quad · référent de 4 jeunes
Animateurs 2 et 3BAFA + qualification loisirs motocyclistes · permis BEncadrement quad · conduite minibus · référent de 4 jeunes chacun

Vérifications obligatoires avant le début de la mission, pour les quatre : diplômes et attestations · honorabilité (bulletin n°2 du casier judiciaire demandé par l'employeur, FIJAISV, liste CADINT) · vaccination DTP à jour · pièce d'identité valide · attestation sur l'honneur du nombre de jours CEE déjà effectués (plafond de 80 jours par an, tous employeurs confondus).

Les taux, vérifiés

Taux d'encadrement (R227-15)1 animateur pour 12 mineurs de 6 ans et plus → 2 requis3 animateurs — marge de 1
Plancher absolu (R227-18)jamais moins de 2 encadrants3 ✓
Diplômés (R227-12, 1° et 2°)≥ 50 % de l'effectif requis (2) → 1 minimum3 BAFA ✓
Non qualifiés (R227-12, 4°)≤ 20 % de 2 = 0,4 → aucun admis0 ✓
Encadrement en circulation (annexe 9.2)8 mineurs maximum par encadrant qualifié, simultanément8 jeunes par groupe, 1 encadrant — pile la limite
Randonnée pédestre (annexe 13.1)12 mineurs maximum par encadrant, 4 h de marche effective par jour16 jeunes → 2 encadrants au Trou de la Bombe (J7) et à Piscia di Gallu (J12)
Baignadesurveillant qualifié dédié à cette seule tâchele directeur, aux J5 et J13 ✓

Le repos hebdomadaire, placé

Le service, jour par jour

Période de 7 joursDirecteurAnimateur 1Animateur 2Animateur 3
1 — D : J-4→J2 · A : J-2→J5J-3 (prépa)J-1 (prépa)J4J5
2 — D : J3→J9 · A : J6→J12J8J11J12J9
JourAu reposEn serviceTaux
J4 — route + boucle du soirAnimateur 2D · A1 · A32 animateurs pour 16 ✓ · 3 adultes au volant ✓
J5 — Bonifacio, kayak, baignadeAnimateur 3D · A1 · A2D dédié à la baignade, A1 et A2 encadrent les 16 ✓
J8 — Pianu di LevieDirecteurA1 · A2 · A33 animateurs ✓ · ni route ni baignade — seul jour possible, voir ci-dessous
J9 — route + boucle du soirAnimateur 3D · A1 · A22 animateurs ✓ · 3 adultes au volant ✓ · D présent, autorité intacte ✓
J11 — journée du projet jeuneAnimateur 1D · A2 · A3l'équipe veille, les jeunes mènent ✓
J12 — Piscia di Gallu + bilanAnimateur 2D · A1 · A3randonnée : 2 encadrants pour 16 ✓

16 — Mes attentes

Trois choses, dites avant plutôt qu’au jour 4.

  • Une vigilance qui ne se relâche pas sur la route

    Huit adolescents au guidon d’engins motorisés, sur des départementales de montagne, en juillet. C’est la part du poste qui ne souffre aucune approximation, aucun jour de fatigue, aucun arrangement.

  • Vivre soi-même l’itinérance

    Quatorze jours sous tente, quatre montages de camp, pas de douche garantie tous les jours, l’autogestion des repas. Le confort de l’équipe est celui des jeunes.

  • Accepter de ne pas être au centre

    Le projet demande aux adultes de se retirer : les jeunes composent leurs groupes, préparent leurs étapes, montent le camp, mènent leur propre journée. Un animateur qui a besoin d’animer en permanence sera mal à l’aise ici.

Et ce que ce poste offre

Un séjour qui ne ressemble à aucun autre, une équipe de quatre où chacun compte, une vraie responsabilité pédagogique — et l’Extrême-Sud corse, du littoral de Bonifacio au col de Bavella, autrement que par la route des vacances.